LES ROLES (NOUS) METTENT EN LUMIERE

The Coding Machine est une entreprise libérée qui ne dit pas son nom. Elle préfère (tenter de) faire que dire. Elle accueillait notre dernier Meetup Holacracy Paris dans l’agora de son hôtel particulier. Un rendez-vous non moins particulier dévolu à la notion du rôle en Holacratie. Pour l’étayer, François Mary, ex manager de deux Business Units au sein de Ayming, conseil en business performance comptant environ 1500 collaborateurs et Jean-Marie Pivette, ingénieur développeur de la société Eco Compteur employant une centaine de salariés répartis sur 3 pays outre la France.

Qu’est-ce qu’un rôle ?

En Holacratie, il revêt quatre dimensions :

1/ le nom 2/ la raison d’être 3/ la ou les redevabilités 4/ le domaine.

Par exemple dans une entreprise de retail ou de logistique, 1/ « livraison » a pour mission de voir 2/ « tous les clients livrés à temps » ce qui requiert de 3/ a) « obtenir les bons de livraison signés » b) « maintenir le camion en parfait état » 4/lequel « camion » constitue son domaine moyennant quoi un autre rôle peut emprunter le camion au rôle « livraison » pour peu qu’il en obtienne l’autorisation expressément.

Première marque d’étonnement dans l’assemblée ce soir-là : en quoi la fiche de fonction diffère-t-elle du rôle ? »  Outre le fait que la première cherche à dessiner l’idéal tandis que l’autre tend à épouser la réalité, aucun rôle n’est gravé dans le marbre.  Non seulement chacune de ses quatre dimensions peut s’ajuster autant que de besoin au gré des stimuli (agressions ou opportunités du marché, niveau d’exigence devant être révisé* etc…) mais les rôles peuvent s’éteindre ou naître. Là encore, aux fins d’épouser l’actualité au plus près, de maximiser le potentiel d’une équipe (d’un cercle) de lui conférer toutes les chances d’accomplir sa raison d’être. Et François Mary de conclure sur ce point, « les rôles ont permis aux gens de se détacher de leur fiche de poste, d’embrasser plus de sujets au vu et au su de tous ».

Etonnement encore, palpable comme un frémissement traversant l’audience, lorsque François Mary explique qu’il a énergisé jusqu’à 28 rôles concomitamment. Un individu peut apporter son temps, ses compétences et son énergie à plusieurs rôles en Holacratie. François en cèdera progressivement une douzaine au point de permettre à ceux qui les reprennent de « faire plus ce qu’ils aiment faire » et de voir son agenda s’alléger 😉 Sur ce dernier point, notre invité plébiscite en passant l’efficacité de la réunion holacratique, antidote de la réunionite ou comment dire adieu « aux journées de 10h passées en réunions ».

Via Skype, de Lannion, Jean-Marie Pivette nous donne à apercevoir le reflet numérique d’Eco Compteur : des cercles encapsulant des rôles…qu’il a contribué à transcrire à partir de la réalité préexistant à Holacratie, il y 7 mois. Réalité prédisposée puisque l’entreprise s’était déjà illustrée pour son management libéré et venait d’entreprendre un effort à la fois collectif et individuel pour décrire le « véritable » contenu de chaque fonction.

Chaque participant ce soir-là aura effleuré cet exercice en songeant à et en partageant- 15 minutes durant-  ce qu’il ou elle a effectivement réalisé la quinzaine passée, ce que leur entourage professionnel leur a demandé, à quoi a été consacré la majeure partie de leur temps etc… autant de questions posées par Isabelle Rappart, co-organisatrice du Meetup.

L’écriture des rôles s’appuie sur cette première réalité.  Il ne s’agit pas de quitter un organigramme peu irrigué et tronqué pour verser vers une structure hors sol ! Il s’agit de (se dé)partir de cet organigramme en offrant à chacun la possibilité de le réinventer !

Nos deux témoins ont non seulement vécu les balbutiements holacratiques au sein de leur société respective, ils ont « encodé ». Ou comment passer de la pyramide aux cercles. François raconte son approche pragmatique selon laquelle trois mini groupes de travail de 3 personnes en moyenne (représentant un service d’une vingtaine de collaborateurs) ont réfléchi aux questions évoquées plus haut puis rédigé au moins les deux premières dimensions des rôles professionnels identifiés dans leur service respectif.  Un nom et une raison d’être et/ou au moins une redevabilité, soit le minimum requis pour faire exister un rôle en Holacratie. Jean-Marie, lui, explique que la centaine de collaborateurs de l’entreprise n’a pas pu démarrer les réunions en cercles simultanément. Pour contenir l’impatience des 7 ou 8 autres équipes d’abord restées à quai à adopter les nouvelles règles du travailler et gouverner ensemble, il a passé du temps à leur contact aux fins de les sensibiliser au nouveau protocole et surtout de transcrire autrement leur réalité professionnelle. Une expérience quasi anthropologique qui préfigure ce qui se jouera ensuite à une autre échelle : « la capacité de chacun, chacune chez Eco compteur à se mettre à la place de l’autre, à se projeter dans d’autres rôles ». Son visage, projeté, lui, sur l’un des hauts murs du forum intérieur, réprime un sourire : « j’ai encodé le rôle d’un manager qui était parfois amené à superviser, valider … » Autant de prérogatives obsolètes en Holacratie. Une allusion feutrée et involontaire à notre précédent Meetup (Holacracy, un dé-management ?) où nos trois témoins s’accordaient pour constater que les managers consacrent désormais presque toute leur énergie à des rôles explicitement productifs.

Surtout, dés la transcription apparaissent les « trous dans la raquette ». Et Jean-Marie de rapporter une sorte de coming out : « ah mais oui, je fais ça aussi ?! encore un rôle qui m’incombait sans que j’en sois même conscient ».  Puis de poursuivre : « de nombreux livrables, flux d’informations, des choses que l’on faisait ou ne faisait pas se sont mis à exister » avant de conclure « Holacratie enlève beaucoup d’implicite ».

Holacratie apporterait la lumière ? A la fin de notre Meetup Holacracy, la nuit est tombée sur Paris et l’assemblée paraît réjouie comme munie d’une lampe frontale tournée vers l’intérieur.

* dans le prolongement probable d’une « tension » colportée par au moins un des membres du cercle.

 

Bastoun Talec

Certifié Holacracy Coach, Sculpteur de WHY

 

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